§ Code criminel, art. 515
515
Mise en liberté provisoire« … sauf si un plaidoyer de culpabilité du prévenu est accepté, rend une ordonnance de mise en liberté sans conditions… » — la liberté est la règle, sauf en cas de renversement du fardeau de la preuve.
Les premières 24 heures pèsent sur toute la suite.— V. M.
Remise en liberté & conditions — C.cr., art. 515
Caution, comparution, conditions, révision.
Ce que ça veut dire pour vous
Entre l'arrestation et le procès, il y a des mois — parfois des années. La vraie question immédiate n'est pas le verdict : c'est où et comment vous allez vivre pendant ce temps-là.
La loi part du principe que vous êtes remis en liberté ; la détention est l'exception que la poursuite doit justifier — sauf en cas de renversement du fardeau de la preuve (art. 515 (6)), où c'est à vous de démontrer que votre mise en liberté se justifie. Mais en pratique, tout se joue dans la préparation : un plan de remise en liberté crédible — adresse, encadrement, caution s'il le faut — présenté au bon moment.
Et une fois libéré, les conditions deviennent votre loi quotidienne. Trop sévères ? Elles se font réviser. Impossibles à vivre ? On retourne devant la cour. Les briser, par contre, c'est le chemin le plus court vers la détention.
« On ne gagne pas un dossier depuis une cellule. La liberté, c'est la première plaidoirie. »
La règle par défaut, c'est la liberté
On l'oublie souvent : l'article 515 prévoit d'abord la mise en liberté sans conditions. Ce n'est pas une faveur, c'est le point de départ. C'est à la poursuite de démontrer qu'il faut autre chose — des conditions, ou la détention.
Cette règle a une exception, qui s'est élargie : le renversement du fardeau de la preuve (art. 515 (6)). Pour certaines accusations, c'est à la personne accusée de démontrer que sa mise en liberté se justifie. Depuis le 15 juillet 2026 (L.C. 2026, ch. 11), elle doit établir clairement que le plan de mise en liberté qu'elle propose répond aux risques que la loi énumère — et ces nouvelles règles s'appliquent aussi aux dossiers déjà en cours.
Parmi les cas ajoutés en 2026 : les voies de fait ou l'agression sexuelle lorsqu'on allègue un étouffement ou un étranglement; la traite de personnes; le vol d'un véhicule à moteur avec violence ou pour une organisation criminelle; l'extorsion avec violence; l'introduction par effraction dans une maison d'habitation; une troisième accusation d'acte criminel avec violence. Ils s'ajoutent à ceux qui existaient déjà, comme une infraction commise pendant une mise en liberté, une arme à feu, le crime organisé ou la violence envers un partenaire intime après une condamnation antérieure.
La détention avant procès ne se justifie que par trois motifs (art. 515 (10)) : assurer la présence de l'accusé au tribunal; protéger la sécurité du public, y compris celle des victimes et des témoins; ou maintenir la confiance du public envers l'administration de la justice.
Savoir lequel de ces trois motifs la poursuite invoque change tout ce qu'il faut préparer — et cela se joue souvent sur ce qui s'est passé à l'arrestation. Répondre à un risque de fuite n'a rien à voir avec répondre à un enjeu de sécurité.
La caution : ce qu'on demande vraiment à un proche
Se porter caution, ce n'est pas seulement signer. C'est s'engager devant le tribunal à surveiller le respect des conditions, souvent en offrant une somme qui devient exigible si elles ne sont pas respectées.
Le tribunal regarde qui se présente : le lien avec l'accusé, la capacité réelle d'exercer une surveillance, la stabilité du domicile proposé, les moyens financiers. Une caution préparée — avec les documents et les réponses aux questions prévisibles — n'est pas reçue comme une caution improvisée.
Dans le district judiciaire de Québec, cette audience se tient au palais de justice de Québec, souvent dans les jours qui suivent l'arrestation. C'est pourquoi elle se prépare avant, pas dans le couloir. Ce qui manque ce jour-là manque rarement une seconde fois sans conséquence. Les conditions fixées ici encadreront ensuite toute la période qui mène au procès.
Si la détention est ordonnée : la révision
Une ordonnance de détention n'est pas la fin du dossier. L'article 520 permet à l'accusé d'en demander la révision devant un juge, « en tout temps avant son procès ». Un préavis écrit d'au moins deux jours francs doit être donné à la poursuite, sauf si elle consent à un délai plus court.
L'article 525 prévoit en outre un mécanisme distinct : lorsque le procès n'a pas commencé dans les quatre-vingt-dix jours suivant la comparution devant un juge de paix, la question de savoir si la détention demeure justifiée doit être réexaminée.
Ces délais ne se déclenchent pas tout seuls dans les faits. Ils se comptent, et quelqu'un doit les compter.
Ce que la détention avant procès signifie concrètement
Être détenu en attente de procès, ce n'est pas purger une peine : la personne est présumée innocente. Dans les faits, la réalité quotidienne est celle du centre de détention — manque de personnel, tensions entre groupes, accès limité à l'extérieur.
Ces conditions ont un effet réel sur un dossier. Une personne détenue supporte plus mal l'attente, et l'attente est précisément ce qui caractérise un dossier criminel.
Me Montminy a décrit publiquement ces conditions au centre de détention de Québec — parce qu'elles sont mal connues de ceux qui n'y ont jamais mis les pieds, y compris des proches de la personne détenue.
FM93 — « Être en prison : « Il y en a, c'est comme une colonie de vacances » », 27 janvier 2025
Les textes de loi cités sur cette page
- C.cr., art. 515 — mise en liberté provisoire
- C.cr., art. 520 — révision
- Loi sur des mesures de réforme concernant la mise en liberté sous caution et la détermination de la peine, L.C. 2026, ch. 11 — en vigueur le 15 juillet 2026
Versions officielles, telles que publiées par l'autorité législative compétente.
Voir aussi
- Arrestation & interrogatoire policierDroit au silence, détention, perquisition, mandat.
- Défense d'une accusation de violence conjugaleConditions, interdiction de contact, remise en liberté.
- Questions fréquentesArrestation, silence, conditions, coûts — les réponses courtes.
Un proche est détenu ?
- Quand passe-t-il devant le juge ?En principe dans les 24 heures ou dès que possible. C'est là que la remise en liberté se décide — et ça se prépare avant l'audience, pas pendant.
- Faut-il déposer de l'argent ?Pas toujours. La caution peut être un engagement, avec ou sans dépôt, avec ou sans personne qui se porte garante. Le bon montage dépend du dossier.
- La poursuite s'oppose à la libération.Alors il y a enquête sur remise en liberté : une vraie audience, avec preuve et contre-interrogatoire. Elle se gagne avec un plan solide.
- Les conditions sont invivables.Elles peuvent être révisées. On documente le problème, on propose une alternative, on retourne en cour.